Massoins. Cinq millions d’euros investis dans une déchetterie fantôme.

Agence de Nice Région niçoise Massoins dans la haute vallée du Var
 Massoins dans la haute vallée du Var

Source Nice-Matin du 07 septembre 2015

Un centre de stockage des déchets inertes non dangereux devait ouvrir en 2014 à Massoins, dans la vallée du Var.Il n’a jamais été exploité en raison d’un problème géologique.

Il devait être inauguré en 2014. Et rien ne s’est passé. Pas un seul carton d’invitation. Pas de ruban tricolore et de paire de ciseaux dorée. Pas de photo d’élus devant une réalisation engageant toutes les collectivités locales. Car le centre de stockage des déchets inertes non dangereux de Massoins, dans la vallée du Var, n’a jamais été opérationnel. Pourtant il a été commandé.

Coût annoncé du chantier en juin 2013 : 7 687 000 euros HT, subventionné pour 40 % par le conseil départemental, à l’époque conseil général.

Le terrassement a été fait. Et des travaux ont été honorés. Les factures payées s’élèveraient aujourd’hui à près de 5,5 millions d’euros. Et pas un seul gramme de déchets ménagers ou de déchets industriels banals n’a été ni apporté, ni enfoui. Et ne le sera sans doute jamais.

Secousses et intempéries

Tout simplement car les dernières études pré-ouverture ont démontré que le terrain en aplomb du Var a bougé. Le rendant ainsi inutilisable. Récemment débarqué de la présidence du syndicat mixte d’élimination des déchets (Smed), le maire de Puget-Théniers et ancien candidat aux élections départementales face à Charles-Ange Ginésy, Robert Velay ne fuit pas ses responsabilités. Il est à l’origine du projet, validé à l’époque par les membres élus du comité syndical. Les communes du moyen et haut pays cherchaient alors une alternative à la fermeture de la Glacière, à Villeneuve-Loubet : le centre de Massouins devait donc accueillir les balles «propres» du centre de valorisation réalisé au Broc.

«Le site de Massoins a été suggéré par le conseil général», précise Robert Velay. Sauf qu’un «problème géologique» à Massoins, «causé par un tremblement de terre et un épisode pluvieux important», condamne cette exploitation explique l’ancien conseiller général.

Une dizaine de secousses dont la magnitude dépassait 3 sur l’échelle de Richter et l’épicentre se trouvait dans les Alpes-de-Haute- Provence ont été enregistrés en 2012.

Les services du conseil départemental évoquent «les intempéries de janvier 2014».

«Trente points de repères ont été posés et des mouvements de terrain jusqu’à 60 cm ont été observés», détaille Robert Velay. Des éboulis et un affaissement vers la carrière de Bermont, en contrebas, ont également été constatés.

«J’ai pris la responsabilité de ne pas enfouir de déchets sur un terrain mouvant au-dessus du Var», assume-t-il.

Le projet est-il condamné pour autant? Et plus de 5 millions d’euros d’argent public jetés à la poubelle?

Aujourd’hui, aucune alternative n’est présentée. «Les conclusions des études conduites[depuis l’arrêt des travaux]compromettent les projets de reconversion du site», note le conseil départemental des Alpes-Maritimes.

La commune de Massoins, qui attendait des retombées financières du site, doit faire sans. Le maire, Jean Fiol, est aux abonnés absents pour expliquer les conséquences budgétaires de ce défaut, se refusant à répondre à nos appels et nos messages.

Jean-Marc Délia, maire de Saint-Vallier-de-Thiey, nouveau président du président du syndicat mixte qui regroupe aujourd’hui 34 communes de la Communauté de Communes des Alpes d’azur, la ville de Cannes et 22 communes de la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse, hérite du dossier et dissimule son embarras. Il a préféré intervenir par le biais d’un bref communiqué.

François Sabatier, le directeur régional d’Antea Group, l’entreprise internationale d’ingénierie et de conseil en environnement qui était chargée des études et de la conduite des travaux, n’a pas répondu.

Négligence

Pourtant, dans un courrier du 7 juillet 2015 adressé à Jean-Marc Délia, la direction générale des services départementaux estime que « le bureau d’études a surévalué, dans le rendu de son diagnostic, les possibilités de ce site de recevoir un centre d’enfouissement et ce malgré la présence des formations géologiques ».

Les techniciens vont plus loin en prenant le soin de rappeler « les signalements répétés des services du conseil départemental » : « Il semble que ce même bureau d’études a fait preuve de négligence en ignorant les études géologiques antérieures réalisées dans le cadre d’autres projets prévus sur le site et qui signalaient ce risque sans équivoque. Antea aurait dû mener des recherches bibliographiques plus complètes », conclut la direction générale des services.

On s’engage donc vers une procédure puisque le Département conseille au Smed « d’engager des démarches nécessaires à l’encontre du maître d’œuvre afin que ce dernier lance une procédure auprès de sa compagnie d’assurance indemnisation des dépenses restant à couvrir ».

À ce jour, le conseil départemental, et donc indirectement les contribuables azuréens, a subventionné à hauteur de 2 134 859 €, sur les 3 074 659 e prévus, un chantier qui ne sert à rien.


La Smed prudente

Jean-Marc Délia, le président du syndicat mixte délimitation des déchets, indique que « pour le moment les projets initiaux ont dû être en partie modifiés en raison d’impondérables concernant la spécificité du terrain. Dans l’état actuel des choses, tous les éléments n’étant pas encore validés, il est trop tôt pour prendre des décisions sur l’utilisation finale du site de Massoins. Mais en tenant compte de l’évolution permanente des techniques de traitement des déchets, notamment à l’usine du Broc, de nouvelles solutions peuvent être envisagées et sont actuellement étudiées, dans le but d’optimiser les investissements et d’apprécier le meilleur type de valorisation du site de Massoins, tout en tenant compte d’éventuels risques géologiques, et dans le respect de la santé publique et de l’environnement. »

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